Quand le roman nous met l’eau à la bouche

Certaines pages de romans mettent l’eau à la bouche. Le talent du romancier y est pour beaucoup. La capacité du lecteur à imaginer les plats joue aussi. Certains romanciers, avec générosité, insèrent même des recettes de cuisine complètes dans leurs écrits. Juste pour le plaisir, quelques succulents extraits qui titillent l’imagination :

Zoé Valdès, La Douleur du Dollar, Actes Sud, 1996

« Le repas cubain typique : de la viande de porc rôtie, en sauce. Vous dites, quelle est la recette du jambon rôti à la créole ? Ingrédients : un jambon de six litres environ, une gousse d’ail, du jus d’orange d’amère, une cuillère d’origan, deux pincées de cumin, une demi-pincée de poivre, deux cuillères de sel, une livre d’oignons. Bon, d’abord rincez la viande et piquez-la en plusieurs endroits à la pointe du couteau. Ensuite, pilez la tête d’ail, ajoutez-y le sel, l’origan, le cumin, le poivre et le jus d’orange d’amère puis, à l’aide d’un pinceau, badigeonnez la viande avec une partie de cette marinade. Laisser reposer le jambon douze bonnes heures, couvert d’oignons en lamelles. Hacher de gros oignons blancs en bonne quantité, faire revenir l’ail et l’oignon avec un soupçon de poivre. Bien couvrir la poêle pour que l’oignon devienne transparent sans que l’ail noircisse. Mélanger avec le jus d’orange amère ; pendant ce temps, on fait rôtir le jambon au four à trois cent vingt-cinq degrés pendant quatre heures. Si on emploie un thermomètre à rôti, le laisser monter jusqu’à cent quatre-vingt-cinq degrés. On peut aussi faire cuire le jambon dans une cocotte bien fermée. On dresse la viande dans un plat et on l’arrose de marinade. C’est un vrai régal. Convient pour huit personnes. Ou alors on fait frire des cubes de porc dans beaucoup de saindoux, ensuite on arrose de jus de citron vert. Riz blanc. Ca c’est le plus facile à faire, surtout ne pas s’énerver, je sais bien qu’il y a un truc pour le riz, certains ne le réussissent pas. Il y en a qui obtiennent de la bouillie, d’autres du plâtre à gâcher sur les murs. Pour qu’il soit bien détaché, il faut suivre les instructions suivantes : comme ingrédients, une livre de riz, évidemment, deux tasses d’eau, une cuillerée de sel, deux gousses d’ail, trois cuillerées d’huile. Dans une sauteuse, mettez l’huile à chauffer, faites dorer l’ail, le retirer ainsi que l’huile et transvaser le tout dans une casserole, ajouter l’eau salée. Dès que ça commence à bouillir, verser d’un coup le riz bien rincé. Quand l’ébulition reprend, baisser le feu, laisser cuire tout doucement à couvert pendant trente minutes. Convient pour six portions. (…) »

Laurent Gaudé, Le Soleil des Scorta, Actes Sud, 2004.

« Comme antipasti, Raffaele et Giuseppina apportèrent sur la table une dizaine de mets. Il ya avait des moules grosses comme le pouce, farcies avec un mélange de à base d’œufs, de mie de pain et de fromage. Des anchois marinés dont la chair était ferme et fondait sous la langue. Des pointes de poulpes. Une salade de tomates et de chicorée. Quelques fines tranches d’aubergines grillées. Des anchois frits. On se passait les plats d’un bout à l’autre de la table. Chacun piochait avec le bonheur de n’avoir pas à choisir et de pouvoir manger de tout. Lorsque les assiettes furent vides, Raffaele apporta sur la table deux énormes saladiers fumants. Dans l’un, les pâtes traditionnelles de la région : les troccoli à l’encre de seiche. Dans l’autre, un risotto aux fruits de mer. Les plats furent accueillis avec un hourra général qui fit rougir la cuisinière. C’est le moment ou l’appétit est ouvert et où l’on croit pouvoir manger pendant des jours. (…) Lorsque les plats furent vides, tous étaient rassasiés. Ils sentaient leur ventre plein. Ils étaient bien. Mais Raffaele n’avait pas dit son dernier mot. Il apporte en table cinq énormes plats remplis de toute sorte de poissons pêchés le matin même. Des bars, des dorades. Un plein saladier de calamars frits. De grosses crevettes roses grillées au feu de bois. Quelques langoustines même. »

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